« 5 janvier 1856 » [source : BnF, Mss, NAF 16377, f. 7], transcr. Christelle Rossignol, rév. Chantal Brière, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.2889, page consultée le 07 mai 2026.
Guernesey, 5 janvier 1856, samedi soir, 4 h.
Je te plains, mon pauvre petit homme, de sortir par ce temps-là. Si je pouvais, je
t’en empêcherais, heureuse, cette fois, de sacrifier mon bonheur personnel à ta chère
petite santé qui est mon bien le plus précieux en ce monde. Malheureusement, je ne
peux pas te donner avis de mon intention courageuse et désintéressée et il est très
probable que tu viendras malgré la pluie et le vent. Je t’attends avec un très bon
feu
pour sécher tes pieds et avec un très ardent amour pour réchauffer ton cœur.
J’ai reçu tantôt une seconde lettre du Docteur Barbier qui, malgré sa suscription, s’adresse bien plus à toi qu’à moi,
ce qui ne veut pas dire que je te prie d’y faire une réponse de compte à demi avec
moi. Fichtre, je m’en garderais bien après l’avanie de l’autre soir. Ma stupidité
m’en
cuit encore. Cristi1
vous n’êtes pas tendre aux pauvres Jujus bêtes. Aussi ce qu’elles ont de mieux à
faire, c’est de garder un morne silence ou d’avoir beaucoup d’esprit, ce qui n’est
pas
déjà si malin. En attendant que je me décide à ce dernier parti, je continue à me
servir de ma bêtise pour ne pas vous désorienter brusquement. Baisez-moi, féroce Toto,
et tâchez de ne pas choisir le moment le plus fort et le plus bourrasquea pour venir me voir. Songez que c’est
votre double cidre ce soir et qu’il est presque impossible que vous reveniez
m’embrasser d’ici à demain soir. Songez que je vous vois à peine quelques minutes
tous
les jours et que j’ai grand peine à faire un peu de joie de tous ces riens comparés
à
tant et tant d’heures, de jours et de nuits ennuyeusesb.
Juliette
1 Abréviation du juron « sacristi ».
a « bourasque ».
b « ennuieuses ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle offre à Hugo, qui emménage à Hauteville House, le costume de théâtre qu’elle portait dans Lucrèce Borgia, et s’installe près de chez lui, à la Fallue.
- 23 avrilLes Contemplations paraissent à Paris et à Bruxelles.
- 16 maiHugo achète Hauteville House (38, Hauteville).
- 21 juilletJuliette offre à Hugo la robe violette brochée d’or qu’elle portait dans Lucrèce Borgia.
- 5 novembreHugo et les siens emménagent à Hauteville-House.
- NovembreJuliette emménage à La Fallue, à proximité de Hauteville-House.
- Début décembreDébut d’une grave maladie d’Adèle, fille de Hugo (crises de nerfs, délire, fièvre, gastro-entérite aiguë).
